Aviculture au MaroC

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ÉLevage de poulet de chair

INTRODUCTION

Le nombre des élevages de poulet de chair  au Maroc est de plus de 5000 unités ; avec une capacité allant de 1000 à plus de 100 000 poulets par bande. Un grand nombre de ces unités se localisent dans l’axe Eljadida-Casa-Kénitra en raison du climat tempéré et de la proximité des centres d’approvisionnement (poussins, aliment,…) et des marchés de commercialisation. Cette concentration des élevages pose en fait d’énormes problèmes sanitaires dans ces régions.

La production industrielle de viande blanche a connu un essor important au cours des 30 dernières années. En effet, l’évolution de cette production a connu trois périodes distinctes :

 

Ø           Période d’accroissement rapide entre 1970 et 1980 : la production est  voisine de 8500 T à 70 000 T.

Ø           Période d’accroissement lent ente 1981 et 1986 : la production a augmenter de 55 000 T à 88 000 T.

Ø                  Période de stagnation / régression entre 1987 et 1990 en raison de la mise en application de certaines mesures fiscales (TVA, taxe sur le maïs importé, prix élevé des tourteaux). La production a connu une chute d’environs 13% entre 1986 et 1993.

La consommation de la viande blanche a connu la même évolution que celle de la production industrielle de poulet de chair. De 1,85 kg/habitant/an en 1970 ; elle est passée à 5kg  en 1980, 5,6kg en 1986 puis a chuté à 4,8 en 1991. La part de la viande blanche dans la consommation totale de viande est passée de 12% en1970 à 33% en 1991 avec un maximum de 40% en 1986. Il y a donc une substitution de plus en plus marquée de viande rouge par la viande blanche. Néanmoins, le niveau actuel reste encore faible comparé aux niveaux de consommation des pays développés qui se situe à plus de 20kg de viande blanche/habitant/an.

   I- CONDUITE D’ÉLEVAGE

En élevage avicole, la pratique de la bande unique (un seul âge et une seule souche par ferme) de façon à respecter le système <<tout plein - tout vide>> constitue la règle d’or de l’élevage. En effet, la réussite de la conduite d’élevage nécessite la maîtrise par l’aviculteur de plusieurs composantes relatives à : l’hygiène, les normes d’élevage, les conditions d’ambiance, les éléments de comptabilité et de gestion.

I-1- Vide sanitaire  

Le choix du site de la ferme et la conception des bâtiments visera à préserver au maximum l’élevage de toute source de contamination. La protection sera renforcée par la mise en place des barrières sanitaires. A l’intérieur du bâtiment, la protection sanitaire nécessite la pratique du vide sanitaire. En effet, entre le départ d’une bande et la mise en place d’une bande suivante, le bâtiment et les équipements doivent être lavés et désinfecter selon un protocole précis comprenant les opérations suivantes :

ü                  Retirer l’aliment restant dans les mangeoires et / ou le silo et chaîne,

ü                 Retirer le matériel et la litière,

ü                Laver le matériel, puis détremper le dans la solution pendant 24 H et le stocker dans un  endroit       propre. Rincer à l’eau tiède sous pression de préférence,

ü                 Balayer, brosser, racler et gratter le sol, le mur et le plafond,

ü              Nettoyer la totalité du bâtiment sans rien oublier : un très bon nettoyage élimine 80% des      microbes,

ü                 Chauler ou blanchir les murs à l’aide de la chaux vive,

ü                 Désinfecter par thermo-nubélisation ou par fumigation au formaldéhyde tout en respectant les mesures suivantes :

·  Mettre à l’intérieur du bâtiment tout le matériel préalablement lavé,

·  Bien fermer toutes les fenêtres et autres ouvertures,

·  Dans un (ou plusieurs) récipients, ajouter du formol, de l’eau et du permanganate  de potassium (KmnO4). Ne jamais ajouter le formol au permanganate. La dose recommandée est de 40 ml de formol, 20 ml de KmnO4  et 20 ml d’eau par m3 du bâtiment, pour le formol en poudre on utilise 4kg /1000m2 dans un diffuseur électrique,

·  Laisser le bâtiment bien fermé pendant 24 à 48 heures,

 ü      Décaper le bac à eau et les canalisations avec des produits adaptés : alcalins-chlorés pour l’élimination des matières organiques et acides pour éviter l’entartrage,

ü                 Mettre en place un raticide et un insecticide,

ü      Laisser le bâtiment bien aéré et au repos pendant 10 à 15 j, toutefois la durée de repos peut être prolongée jusqu'à 30 à 40 j si l’exploitation   connaît des problèmes sanitaires,

N.B. : La qualité du vide sanitaire doit être liée non à sa durée, mais à l’efficacité de la désinfection,

I-2- Aménagement des aires de démarrage

I-2-1-  Préparation de la poussinière avant l’arrivé des poussins

Après le vide sanitaire, le bâtiment devra être préparé d’avance avant l’arrivée des poussins pour assurer un bon démarrage. Ainsi, les opérations à effectuer 2 j avant l’arrivée des poussins sont :

Ø      Installer la garde en délimitant une partie du bâtiment à l’aide d’un isorel ou des bottes de paille  sur une hauteur de 50 à 60cm pour que les poussins ne s’éloignent pas de la source de chaleur et aussi réaliser une économie d’énergie et de paille. La densité prévue est de 40 à 50 poussins par m2,

Ø      Etaler la litière à base de paille ou de copeaux de bois sachant que la quantité à mettre en place varie de 4 à 5kg par m2 sur une épaisseur de 5 à 8cm pour un démarrage en été et au printemps et 8 à 10cm pour un démarrage  en automne et en hiver,

Ø                 Pulvériser une solution antifongique,

Ø                 Remettre en place le matériel premier âge tout en vérifiant son fonctionnement,

Ø                 Réaliser une  deuxième désinfection lorsque tout le matériel est en place,

Ø      Allumer les sources de chauffage et surveiller leur bon fonctionnement : Le préchauffage évite la condensation dans la zone de contact sol/litière. Ceci est observé fréquemment sur les sols en terre battue ou dans les bâtiment cimentés. Lorsque la condensation se produise, il y a démarrage de fermentation anaérobique et dégagement d’ammoniac la durée du préchauffage varie selon les conditions climatiques, l’isolation du bâtiment et la qualité de la litière. Le temps de préchauffage sera d’autant plus long que les températures extérieures sont basses et que l’épaisseur de la litière est importante. Ce temps est de 36 à 48 heures  avant l’arrivée des poussins en hiver et 24 heures en été suffisent. Pour un chauffage localisé les sources de chaleur doivent être placées à une hauteur de 80 à 120cm et inclinée sur un angle de 45 ° par rapport à l’axe l’horizontal. Cette position augmente la surface de chauffage, facilite l’évacuation des gaz de combustion et évite les incendies (voir schéma 1 ci-après).

 

 

   
 Schéma 1 : Emplacement de la garde

 

 Ø       Remplir les abreuvoirs avec de l’eau sucrée (20grammes de sucre dans un litre d’eau) pour que l’eau d’abreuvement prenne la température ambiante et donner de l’énergie facilement utilisable par les poussins,

   I-2-2-   Réception des poussins

Les opérations à effectuer le jour de l’arrivée des poussins sont :      

v     Décharger les poussins rapidement et si possible dans la semi obscurité en prenant soin    de déposer les boites à poussins sur la litière et non sur le sol,

v                 Vérifier l’effectif reçu,

v     Vérifier la qualité du poussin qui s’apprécie par sa vivacité, un duvet soyeux et sec, un pépiement modéré, l’absence de symptômes respiratoires un ombilic bien cicatrisé, le poids et l’homogénéité sont aussi des critères important (pesée de 200 poussins pris au hasard), pas de mortalité et pas de débris de coquilles dans les boites,

v     Faire un triage si nécessaire aire tout en éliminant les sujets morts, malades, à faible poids, chétifs ou qui présentent des anomalies et des males formations (bec croisé, ombilic non cicatrisé, abdomen gonflé, pattes mal formées….),

v     Déposer soigneusement les poussins dans la garde sans chute brutale pour éviter des lésions articulaires car les poussins ne volent pas,

v     Remettre la lumière au maximum quant tous les poussins ont été déposés dans leur aire de vie,

v     Vérifier que tous les appareils de chauffage fonctionnent normalement et que leur hauteur et bien adaptée,

v     Prendre le temps d’observer  le comportement et la distribution des poussins dans l’aire de vie (répartition, pépiement, attitude, activité aux points d’eau) et chercher éventuellement les causes d’anomalies : La répartition des poussins dans la garde donne une idée sur le respect des certaines normes d’élevage (température, ventilation, lumière, nombre et répartition des points d’eau et d’aliment). En effet, les poussins doivent se répartir uniformément dans la zone de chauffage et ne jamais s’entasser ni s’écarter de la source de chaleur comme l’illustrent le schéma 3 ci-après.

                                        



 

      v                 Distribuer l’aliment 3 heures après la mise en place des poussins,

Réaliser le test  du jabot et des pattes 3 heures après la distribution de l’aliment sur un échantillon de 100 sujets pris individuellement. Les conséquences des pattes froides et du jabot vides se manifestent par l’apparition des problèmes sanitaires, des retards de croissance, des mortalités élevées, de l’hétérogénéité et du tri. En effet, le poussin doit avoir le jabot plein et mou et les pattes chaudes,

§         Si le pattes sont froides il faut  chercher les causes : sol froid humide, isolation insuffisante, température insuffisante, litière froide, peu épaisse et trop aérée, mauvaise étanchéité, courant d’air, ouverture intempestive des portes,  temps de préchauffage insuffisant, conditions de déchargement, conditions de transport,

§         Si le jabot est vide il faut  chercher les causes : manque de points d’eau et d’aliment, poussins stressés ou malades, manque ou excès de chaleur, matériel inadapté, mal réparti ou inaccessible, trop forte densité, forme et qualité de l’aliment, mauvais éclairage,

v                  Procéder aux traitements éventuels : vaccination par spray par exemple,

 

I-3- Densité et normes des équipements

I-3-1- Densité

La densité qui définie le nombre de sujets par unité de surface est un paramètre important que l’aviculteur doit contrôler durant les différentes phases d’élevage. L es normes d’équipement, la qualité du bâtiment et les facteurs climatiques sont des critères premiers pour déterminer la densité en élevage. Cependant, d’autres facteurs doivent également être pris en considération tels que le bien être des animaux, le type de produit (type de marché, poids à l’abattage) et la qualité de l’éleveur. Il faut signaler par ailleurs que des densités excessives entraînent des baisses de performances du fait de :

ü      La réduction de croissance,

ü      La diminution de l’homogénéité,

ü      Une augmentation de l’indice de consommation,

ü      Une diminution de la qualité de la litière,

ü      Une augmentation de la mortalité,

ü      Une augmentation des saisies et de déclassement à l’abattoir,

 Selon que le démarrage est de type localisé ou semi-localisé, les normes de densité à respecter sont indiquées dans le tableau suivant :

Tableau 1 : Normes de densité selon le type de démarrage

Age

a) démarrage localisé

P    Démarrage semi-localisé

1- 3 jours

40 poussins/m2

Exemple : Démarrage sur la moitié du

bâtiment pour 15poussins/ m2

Conditions de succès : Bâtiment

étanche et correctement isolé. Gardes

enlevées à 10-12 jours

4- 6 jours

35 poussins/m2

7- 9 jours

30 poussins/m(la moitié de la

 surface du bâtiment)

10- 12 jours

Toute la surface du bâtiment

 

Dans le cas d’un bâtiment à ventilation dynamique, les normes de densité sont présentées dans le tableau 2 ci-dessous.

Tableau 2 : Normes de densité dans un bâtiment à ventilation dynamique

Poids à

 l’abattage (Kg)

Climat tempéré

Climat chaud

Nbre sujets/m2

Kg/ m2

Nbre sujets/m2

Kg/ m2

1,2

26-28

31,2-33,6

22-24

26,4-28,8

1,4

23-25

32,2-35,0

18-20

25,2-28,0

1,8

19-21

34,2-37,8

14-16

25,2-28,0

2,2

14-16

30,8-35,2

11-13

24,2-28,6

2,7

12-14

32,4-37,8

9-10

24,3-27,0

3,2

10-12

32,0-38,4

8-9

25,6-28,8

 

Pour les bâtiments ouverts, sans ventilation dynamique, ne pas mettre en place plus de 10 sujets par m2 en toute saison.

I-3 -2- Normes des équipements

    Tableau 3 : Normes des équipements

 

Nature de l’équipement

Type

Capacité

Norme

Abreuvoir

Siphoïde

2litres, 3litres

1 / 100 sujets

Pipette

--

1 / 12  poussins

1 / 8 sujets adultes

Linéaire

1m, 2m  (double face)

2,5cm / sujet

Mangeoire

Trémie

25-30Kg

1 / 30 sujets*

1/60-70 sujets**

Linéaire

1m-2m (double face)

4cm / sujet

Chaîne

--

15 m/1000 sujets *

25 m/1000 sujets **

Eleveuse

Radiant

2200 à 2600 Kcal

1 / 600 sujets

 

Cloche

1400 Kcal

 

Lumière

Incandescence

 

5 Watts /m à 1,5m

Neon

 

 1 Watt / m à 2-2,2m

 

*   zone chaude             ** zone tempérée

 

Notons par ailleurs que l’utilisation adéquate des équipements avicoles nécessite l’application de certaines mesures d’accompagnement à savoir :

§         Le matériel d’abreuvement et d’alimentation doit être répartie uniformément sur toute la surface du bâtiment,

§         Le changement du matériel de démarrage par celui de croissance devra être effectué de façon progressive,

§         A chaque agrandissement, répartir le matériel d’abreuvement et d’alimentation sur toute la nouvelle surface d’élevage et ajuster la hauteur des éleveuses de façon à respecter les températures adaptées à l’âge des poussins, sous radiant et au bord de l’aire de vie,

§         Veiller au nettoyage des abreuvoirs au moins une fois par jour au démarrage et deux fois par semaine par la suite. Il est recommandé que le nettoyage sera effectué de préférence avec une éponge chlorée,

   I-4- Conduite alimentaire

Les poussins doivent dans un premier temps, boire pour se réhydrater. Distribuer ensuite l’aliment (en miette de préférence) 2 à 3 heures minimums après la réception des poussins afin que ceux-ci  puissent résorber leur vitellus ainsi que pour faciliter le transit et la digestion du premier repas. Il est conseillé de n’utiliser que l’aliment frais et de ne distribuer que des petites quantités afin d’éviter l’accumulation de la litière et des fientes dans les mangeoires et y rajouter l’aliment aussi souvent que nécessaire.

 I-4-1- Forme et composition de l’aliment

La forme et la composition de l’aliment destinée au poulet de chair selon l’âge sont illustrées dans le tableau suivant :

 Tableau 4 : Forme et composition de l’aliment du poulet de chair selon l’âge

 

Phase d’élevage

Forme de l’aliment

         Composition de l’aliment

Energie

(Kcal EM/Kg)

Protéines brutes (%)

Démarrage

Farine ou miette

2800 à 2900

22

Croissance

Granulé

2900 à 3000

20

Finition

granulé

3000 à 3200

18

 

Il est conseillé que le passage de l’aliment démarrage à l’aliment croissance doit être effectué de façon progressive entre la deuxième et la troisième semaine.

 I-4-2- Consommation d’aliment et d’eau

Dans les conditions  d’élevage normales (température ambiante normale, absence de pathologie et aliment de bonne qualité la consommation d’eau est de 1,7 à I,9 la consommation alimentaire

La consommation de l’aliment et d’eau enregistrée chez le poulet de chair représentée dans le tableau suivant :     

Tableau 5 : Consommation d’aliment et d’eau chez le poulet de chair à 20 °C

 

Age (sem)

mâles

femelles

Males et femelles

Aliment

Eau

Aliment

Eau

Aliment

Eau

1

2

3

4

5

6

7

120

235

425

670

750

910

990

200

375

640

975

1090

1395

1435

120

230

400

560

730

780

790

200

365

600

810

1050

1130

1150

120

232

410

615

740

840

890

200

370

620

890

1070

1265

1292

 

I-5- Maîtrise des conditions d’ambiance

Il est bien admis qu’aujourd’hui le hasard n’existe pas en production avicole et que la réussite d’un élevage dépend beaucoup des capacités de l’éleveur à maintenir à son meilleur niveau le confort physiologique des oiseaux via la maîtrise des conditions d’ambiance en l’occurrence la température ambiante, la ventilation, l’hygrométrie, les gaz toxiques, la qualité de la litière, la charge microbienne et les poussières. Ces paramètres sont autant de facteurs qui appréhendent l’environnement bioclimatique des oiseaux et s’ils ne sont pas contrôlés convenablement et gérés  de façon rationnelle, ils contribueront à l’inconfort physiologique des volailles et par conséquent agiront négativement sur l’économie de l’aviculteur.

 

I-5-1 - Température ambiante

a - Normes

Les normes de température recommandée dans le cas d’un démarrage localisé ou d’ambiance ambiante pour le poulet de chair sont illustrées dans le tableau 6 ci-après.

    Tableau 6 : Normes de température recommandées en démarrage localisé et d’ambiance et évolution du plumage

 

 

 

Age

Démarrage localisé

Démarrage en ambiance

 

 

Evolution du plumage

 T° sous  l’éleveuse

T° au bord de l’aire de vie

Température ambiante

0 à 3 j